[PVQ-revue-de-presse] Le Devoir: Le moratoire sur les OGM viendra des citoyens!

Xavier Daxhelet xavier.daxhelet at partivertquebec.org
Tue Feb 21 07:31:04 EST 2006


Le Devoir
IDÉES, lundi 20 février 2006, p. a7
Le moratoire sur les OGM viendra des citoyens!

Richard Legault

La condamnation par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) du  
moratoire de l'Union européenne sur l'importation d'OGM (organismes  
génétiquement modifiés) jette un pavé dans la mare des tenants du  
principe de précaution qui doit s'appliquer tant à la santé humaine  
et animale qu'à la biodiversité. Toutefois, le rapport de 1050 pages  
de l'OMC risque de faire perdurer les pourparlers, étant donné la  
complexité de la question et des enjeux sociaux, économiques,  
politiques et technologiques qu'elle soulève.

Ce rapport fait suite à une plainte soutenue également par le Canada  
qui encourage la production d'OGM, fait fi de ses propres politiques  
de préservation de la biodiversité et tait le fait reconnu que de  
plus en plus de recherches scientifiques indépendantes remettent en  
question l'innocuité des cultures OGM.

La publicité tente de nous faire appuyer la vision optimiste de  
l'industrie biotechnologique vantant les bienfaits des OGM. Il est  
vrai que l'agriculture OGM a doublé en cinq ans, passant de 44  
millions en 2000 à 90 millions d'hectares en 2005, mais est-ce qu'une  
telle croissance sans mesures de précaution est acceptable?

Mentionnons que l'utilisation accélérée de culture OGM dans quelques  
grands pays industrialisés (dont le Canada) et maintenant dans les  
pays en voie de développement s'est effectuée sans demander l'avis  
des consommateurs. Lorsque ceux-ci sont informés, ils s'y opposent  
majoritairement. L'industrie biotechnologique fait miroiter les  
avantages de ces cultures tout en oubliant les problèmes et  
difficultés majeures qu'elles peuvent entraîner.

Un cocktail qui accroît les problèmes

Les grandes entreprises agro-alimentaires tentent de nous faire  
croire que les cultures OGM constituent un progrès, un grand pas pour  
mieux nourrir l'humanité alors qu'on sait que les problèmes criants  
de pauvreté, du manque d'accès aux ressources alimentaires viennent  
plutôt de leur manque de répartition entre les pays du Nord et ceux  
du Sud. Pire encore, l'usage croissant des OGM dans ces pays rend  
dépendants les fermiers qui doivent acheter les semences hybrides  
brevetées, les engrais et les pesticides qui vont avec. Un cocktail  
chimique qui accroît les problèmes!

Un article paru dans Science et Vie en juillet 2005 annonçait que la  
Chine pourrait adopter très bientôt le riz transgénique, dans  
l'espoir de nourrir sa population croissante. Selon Dayuan Xue, du  
ministère de l'Environnement, «une seule étude a été réalisée sur des  
rats nourris de riz Bt pendant trois mois». Ce fonctionnaire n'a pas  
eu accès à l'ensemble des résultats des tests menés sur le riz. Aucun  
effet négatif n'a été décelé. «Mais ces travaux ne sont pas  
suffisants, dit-il, pour prendre la décision de nourrir un milliard  
d'individus de riz transgéniques à chaque repas.»

Le problème éventuel, c'est que la toxine fabriquée par le gène Bt  
pourrait provoquer des allergies. Jusqu'à présent, des millions  
d'humains l'ont absorbée sous forme de traces, mais cette fois, la  
toxine se trouve à l'intérieur de chaque grain de riz. Avec 90 kg de  
riz absorbé par an par habitant, la situation devient radicalement  
différente. Le principe de précaution est bafoué. [...] La Chine  
servirait alors de laboratoire mondial, ce qui permettrait de faire  
un bon gigantesque vers le transgénique. Si aucun effet à court terme  
n'était décelé, c'est toute l'Asie qui pourrait suivre cet exemple,  
et les exportateurs de plantes transgéniques des États-Unis, du  
Canada et de l'Australie en profiteraient pour investir cet énorme  
marché.

Où sont les études indépendantes?

Par ailleurs, une vaste étude britannique - commentée par Le Devoir -  
montre que l'utilisation du canola et de la betterave sucrière issus  
du génie génétique ont des impacts négatifs sur la biodiversité. À la  
lumière de ces résultats de recherches scientifiques réalisées sur  
quatre ans, n'est-il pas surprenant que nos gouvernements - tant  
celui du Québec que celui du Canada qui se sont dotés d'une stratégie  
de la biodiversité et ont signé le Protocole de Cartagena sur la  
prévention des risques biotechnologiques - ne réagissent pas en  
décrétant un moratoire sur les cultures OGM?

Le problème de fond vient du fait qu'il n'y a presque plus d'études,  
indépendantes de la grande industrie, qui feraient la lumière sur ce  
que cache la culture des OGM! Résultats: un manque flagrant  
d'information objective, aucune diffusion au public, un laisser-faire  
de nos politiciens qui appuient les grandes sociétés de  
biotechnologies censées créer de l'emploi! [...]

Il faut voir que les promoteurs d'OGM font partie d'immenses  
conglomérats de semenciers, de producteurs de pesticides, d'engrais  
et de produits pharmaceutiques, liés à des chercheurs qui en sont  
dépendants. Alors les gens se méfient et leur gros bon sens exige:  
plus de transparence, davantage de prudence et plus de respect des  
gens et de la vie avant de s'imposer cette révolution. D'ailleurs,  
avons-nous besoin des OGM dans un monde de plus en plus  
artificialisé, dans un environnement de plus en plus pollué? Et à qui  
profitent les OGM?

Pour prendre conscience des vrais enjeux des OGM, il faudra que les  
États soutiennent des chercheurs indépendants qui publient leurs  
résultats. Il faudra que des médias décident d'aller au fond des  
choses. C'est un dossier crucial qui mérite une analyse approfondie  
sur les plans social et éthique, sanitaire et environnemental, dans  
un contexte de mondialisation où les pressions politico-économiques  
sont immenses. À ce titre, quelques groupes de citoyens voués à la  
protection de l'environnement et de la santé font des recherches sur  
les enjeux des OGM. [...]

Les citoyens ne sont pas dupes du manque de transparence lié à  
l'introduction sournoise de cultures OGM. Lors de son passage au  
Québec l'automne dernier, le biologiste moléculaire de l'Université  
de Caen Gilles-Éric Séralini a confirmé que «toute la rentabilité des  
OGM repose sur l'absence d'évaluation correcte». Expert pour l'Union  
européenne, ce chercheur indépendant des grandes multinationales dit  
que le fardeau de la preuve d'innocuité à long terme incombe aux  
promoteurs d'OGM. [...]

Devant cette problématique occultée des OGM, nos élus, en particulier  
Thomas Mulcair, ont l'occasion aujourd'hui d'agir en conformité avec  
les principes qu'ils promeuvent. Les 16 principes du développement  
durable, tels que la santé, la précaution, la préservation de la  
biodiversité, l'accès à l'information, etc., décrits dans le projet  
de loi no 118, réussiraient-ils le test si on les appliquait au cas  
des OGM?

Les Ami-E-s de la Terre de Québec et plusieurs groupes de  
consommateurs estiment que non. Ce qu'ils demandent, pour l'ensemble  
des citoyens, c'est de bannir toute commercialisation, toute  
production, utilisation et importation d'OGM ou de produits contenant  
des OGM sur le territoire tant qu'on ne fera pas la preuve de leur  
innocuité sur la santé et l'environnement. [...]

Richard Legault : Les Ami-E-s de la Terre de Québec
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